Les Libanais du Nigeria : de Miziara à Lagos, une communauté discrète et puissante
Arrivés à Lagos dès 1890, ils comptent parmi les communautés les plus prospères d'Afrique. Leur fortune irrigue en retour un village du Liban-Nord.
Il y a des liens entre deux lieux que rien ne laisse deviner sur une carte. Celui qui relie Miziara, village du Liban-Nord, à Lagos, mégapole nigériane de plus de vingt millions d'habitants, en fait partie. LibanInfo raconte cette communauté que sa propre discrétion a rendue presque invisible.
Les premiers arrivent à Lagos dès 1890. Comme ailleurs en Afrique de l'Ouest, ils commencent par le commerce, puis s'installent dans l'import-export, l'industrie manufacturière et le bâtiment. Plus d'un siècle plus tard, la communauté figure parmi les plus prospères du continent, avec des groupes familiaux présents dans des secteurs entiers de l'économie nigériane.
Sa caractéristique la plus frappante est la discrétion. Contrairement à d'autres diasporas, elle communique peu, ne cherche pas la visibilité publique et évite en général le terrain politique. Cette réserve a une raison pratique : la position d'intermédiaire économique dans un pays traversé par de fortes tensions est une position exposée, et l'histoire des communautés commerçantes en Afrique de l'Ouest comporte assez d'épisodes brutaux pour recommander la prudence.
Il y a des liens entre deux lieux que rien ne laisse deviner sur une carte.
Le plus singulier reste le mouvement de retour. Une part des fortunes constituées au Nigeria se réinvestit à Miziara : maisons, écoles, infrastructures, entretien du village. Un bourg du Liban-Nord doit ainsi son visage contemporain à des revenus produits à quatre mille kilomètres de là. Le phénomène n'est pas propre à Miziara, mais il y atteint une intensité rare.
Ce modèle interroge. Il produit des villages entretenus mais parfois désertés une grande partie de l'année, dont l'économie réelle se trouve ailleurs. Il crée aussi une dépendance : que la conjoncture nigériane se retourne, et c'est le village qui le sent.
Pour la communauté franco-libanaise, cette histoire est plus proche qu'il n'y paraît. Nombre de familles installées aujourd'hui en France sont passées par l'Afrique de l'Ouest, souvent sur deux générations, avant de s'établir à Paris ou à Marseille. Le Nigeria, la Côte d'Ivoire ou le Sénégal ne sont pas des détours exotiques dans ces trajectoires. Ce sont des étapes, et parfois le lieu où la fortune familiale a été faite.
D’après LibanInfo.
