Le Brésil, le plus grand pays libanais du monde
Entre sept et dix millions de Brésiliens revendiquent une ascendance libanaise, davantage que la population du Liban. Un siècle après, la réussite est éclatante et le lien s'est distendu.
Le chiffre a de quoi désorienter : entre sept et dix millions de Brésiliens revendiquent une ascendance libanaise, soit davantage que la population du Liban lui-même. LibanInfo revient sur cette diaspora hors norme et sur ce qu'elle est devenue.
L'histoire commence à la fin du XIXe siècle. Les migrants partent du Mont-Liban, alors province ottomane, munis de passeports ottomans, ce qui explique qu'ils aient longtemps été appelés turcos au Brésil, une appellation restée alors même qu'ils n'étaient pas turcs. Ils débarquent à Santos, remontent vers São Paulo, et commencent presque tous par le colportage.
Du colportage naît le commerce, du commerce l'industrie textile, puis la banque, la politique et les professions libérales. La rue 25 de Março, à São Paulo, reste le monument vivant de cette trajectoire. Le pays a compté un président d'origine libanaise, et la présence de noms libanais dans les affaires, la médecine et le droit brésiliens est massive.
La cuisine a suivi le même chemin. Le kibbe et l'esfiha sont devenus des aliments brésiliens ordinaires, vendus partout, souvent sans que le consommateur associe encore le plat à une origine. C'est le signe d'une intégration réussie, et simultanément la trace d'un effacement.
Le chiffre a de quoi désorienter : entre sept et dix millions de Brésiliens revendiquent une ascendance libanaise, soit davantage que la population du Liban lui-même.
Car la contrepartie de cette réussite est une dilution. La langue arabe s'est perdue en une ou deux générations. Le lien avec les villages d'origine s'est distendu. Beaucoup de descendants savent qu'ils ont une ascendance libanaise sans pouvoir la situer précisément, ni entretenir de relation avec le pays. La diaspora brésilienne est immense et, du point de vue de Beyrouth, largement dormante.
Ce contraste intéresse directement la communauté de France, qui est plus jeune, plus proche géographiquement et encore largement bilingue. Le cas brésilien montre ce qui advient sur le temps long lorsque rien n'organise la transmission : l'appartenance survit comme souvenir familial et cesse d'être une pratique.
Il pose une question que les associations franco-libanaises formulent régulièrement sans toujours y répondre : que faut-il transmettre pour qu'une identité reste vivante à la troisième génération, et qui doit s'en charger ?
D’après LibanInfo.
