Les Libanais d'Afrique, une diaspora d'un siècle et demi que la France connaît mal
Du Sénégal à la Côte d'Ivoire, du Nigeria à la RDC, ils seraient plusieurs centaines de milliers. Installés depuis la fin du XIXe siècle, ils forment l'une des présences libanaises les plus anciennes au monde.
Quand on parle de diaspora libanaise en France, on pense au Brésil, aux États-Unis, parfois à l'Australie. On oublie presque toujours l'Afrique de l'Ouest, où la présence libanaise est pourtant l'une des plus anciennes et des plus enracinées, comme le rappelle LibanInfo.
L'histoire commence à la fin du XIXe siècle. Des familles du Mont-Liban, souvent parties pour l'Amérique, débarquent en Afrique de l'Ouest au gré des routes maritimes. Beaucoup s'y installent. Une génération plus tard, elles tiennent une part significative du commerce de détail, puis de l'import-export, puis de l'industrie et du bâtiment.
Le résultat, un siècle et demi après, est une communauté de plusieurs centaines de milliers de personnes réparties du Sénégal à la République démocratique du Congo, avec des concentrations fortes en Côte d'Ivoire, au Nigeria, au Ghana, en Sierra Leone et au Gabon. Ces familles sont souvent installées depuis trois ou quatre générations. Beaucoup n'ont jamais vécu au Liban.
Leur poids économique est réel et parfois considérable dans certains secteurs. Cette visibilité a un revers : elle a nourri, dans plusieurs pays, des tensions périodiques et des accusations récurrentes visant une communauté perçue comme intermédiaire entre le capital étranger et le marché local. L'histoire de cette diaspora comporte aussi des épisodes d'expulsion et de départ précipité.
Quand on parle de diaspora libanaise en France, on pense au Brésil, aux États-Unis, parfois à l'Australie.
Ce qui frappe, vu de France, c'est la méconnaissance. Les Libanais d'Afrique parlent souvent français, ont fréquenté les mêmes écoles que les Libanais de Paris, envoient leurs enfants étudier dans les mêmes universités. Une partie s'installe ensuite en France, ce qui fait de cette diaspora un affluent direct de la communauté franco-libanaise, sans que ce trajet soit jamais raconté.
Il y a là un pan entier d'histoire commune qui reste à écrire, et qui concerne au premier chef les lecteurs de ce journal. Les trajectoires familiales qui vont de Miziara à Lagos puis à Paris, ou de Zahlé à Abidjan puis à Marseille, ne sont pas des exceptions. Elles sont un motif récurrent.
Les chiffres, comme toujours avec les diasporas, sont fragiles. Les ordres de grandeur, eux, suffisent à établir un point : l'Afrique n'est pas une note de bas de page dans l'histoire libanaise. Elle en est un chapitre central.
D’après LibanInfo.
