Anghami, la start-up de Beyrouth devenue la première tech arabe cotée à New York
Née au début des années 2010, la plateforme de streaming a fait le pari de la musique arabe à l'ère du numérique. Dix ans plus tard, elle entrait au Nasdaq.
L'histoire commence à Beyrouth au début des années 2010, à un moment où personne n'aurait parié sur une entreprise technologique libanaise. Anghami s'est construite sur une intuition simple : le monde arabe écoutait massivement de la musique en ligne, et aucune plateforme ne s'adressait sérieusement à lui. LibanInfo retrace ce parcours.
Le pari n'était pas évident. Il supposait de négocier des catalogues avec des maisons de disques régionales, de gérer des droits dans des dizaines de juridictions, et de bâtir un service de paiement dans des pays où la carte bancaire est loin d'être universelle. Ces obstacles, plus que la technologie, expliquent pourquoi la place était restée vide.
Dix ans plus tard, l'entreprise entrait au Nasdaq, devenant la première société technologique du monde arabe cotée à New York. Pour un pays dont l'image économique se résume souvent à l'effondrement bancaire, le symbole est considérable.
Il faut cependant lire cette réussite avec précision. Anghami a grandi en s'appuyant très tôt sur le Golfe, où se trouvent le marché solvable et les capitaux, et son centre de gravité s'est déplacé vers Abou Dabi. C'est le trajet habituel des entreprises libanaises qui atteignent une certaine taille : l'idée naît à Beyrouth, la croissance se finance ailleurs.
L'histoire commence à Beyrouth au début des années 2010, à un moment où personne n'aurait parié sur une entreprise technologique libanaise.
Ce schéma décrit assez bien l'économie libanaise contemporaine. Le pays produit des ingénieurs, des designers et des fondateurs de haut niveau, formés dans des universités solides, et il peine à retenir les entreprises qu'ils créent. Le talent reste libanais, la valeur se capitalise à l'étranger.
Pour la diaspora, et notamment pour celle de France où travaillent beaucoup d'ingénieurs franco-libanais, Anghami a valeur de démonstration. Elle prouve qu'un produit conçu depuis Beyrouth peut atteindre une échelle internationale, ce dont peu de gens étaient convaincus il y a quinze ans.
Elle laisse aussi une question ouverte, qui vaut bien au-delà du secteur technologique : que faudrait-il pour que la prochaine entreprise de cette taille reste, elle, ancrée au Liban ?
D’après LibanInfo.
