Les transferts de la diaspora, ce qui tient l'économie libanaise debout
Chaque année, les Libanais de l'étranger envoient plusieurs milliards de dollars à leurs familles. Devenus l'une des toutes premières sources de devises, ces envois placent le pays parmi les plus dépendants au monde de sa diaspora.
C'est le flux le moins visible et le plus déterminant de l'économie libanaise. Chaque année, plusieurs milliards de dollars entrent au Liban depuis l'étranger, envoyés par des Libanais à leurs familles. LibanInfo rappelle que ces transferts constituent désormais l'une des toutes premières sources de devises du pays.
Le mécanisme est simple et se répète des centaines de milliers de fois : un fils à Dubaï, une sœur à Paris, un cousin à Abidjan envoient une somme régulière, souvent modeste à l'échelle individuelle, considérable à l'échelle agrégée. L'argent finance des loyers, des soins, des frais de scolarité, parfois simplement l'électricité et l'épicerie.
Ce flux a joué un rôle d'amortisseur décisif depuis l'effondrement bancaire. Là où les revenus locaux ont été laminés par la dévaluation, les transferts en devises ont conservé leur pouvoir d'achat. Ils ont permis à des ménages entiers de rester à flot, et ont soutenu la consommation dans des proportions que peu de politiques publiques auraient pu égaler.
C'est le flux le moins visible et le plus déterminant de l'économie libanaise.
Cette dépendance a un revers, et il est sérieux. Une économie qui repose sur les envois de sa diaspora est une économie dont la stabilité dépend de la santé économique d'autres pays et de la persistance d'un lien familial. Les transferts financent la consommation courante bien plus que l'investissement productif. Ils soutiennent les ménages sans reconstruire l'appareil économique.
Il y a un enjeu générationnel plus discret. Les transferts sont surtout le fait de personnes ayant grandi au Liban et gardé des attaches directes. Que se passe-t-il quand la génération suivante, née à Paris, à São Paulo ou à Sydney, n'a plus de parents proches au pays ? L'expérience d'autres diasporas anciennes suggère que le flux s'atténue avec les générations.
Pour la communauté de France, cette réalité est vécue plutôt que lue. Beaucoup de familles envoient régulièrement, sans se percevoir comme un agent macroéconomique. Elles le sont pourtant. Additionnées, ces décisions privées constituent l'un des piliers du pays, ce qui est à la fois remarquable et fragile.
D’après LibanInfo.


