CMA CGM rachète Fattal : quand un armateur français aux racines libanaises revient à Beyrouth
Le groupe de Rodolphe Saadé, dont la famille est originaire du Liban, prend 100 % du distributeur libanais fondé à Beyrouth en 1897. Un pari à contre-courant dans un pays que les investisseurs évitent depuis 2019.
L'armateur marseillais CMA CGM a annoncé l'acquisition de la totalité du groupe Fattal, maison de distribution libanaise fondée à Beyrouth en 1897, rapporte LibanInfo. L'opération dit quelque chose de plus large que le simple rachat d'une entreprise.
Rodolphe Saadé, qui dirige le groupe, appartient à une famille originaire du Liban. CMA CGM est devenue l'une des plus grandes compagnies maritimes du monde depuis Marseille, mais son histoire commence de l'autre côté de la Méditerranée. Ce rachat referme donc une boucle : le capital parti du Liban il y a des décennies revient y prendre position.
Fattal n'est pas une acquisition anodine. Fondée à la fin du XIXe siècle, la maison distribue depuis des générations les marques de grande consommation dans un pays où la logistique tient de l'art. Elle a traversé la guerre civile, les crises monétaires successives et l'effondrement bancaire de 2019 en restant debout. Racheter Fattal, c'est acheter un réseau, une connaissance fine du terrain et une capacité à faire circuler des marchandises là où beaucoup renoncent.
Le calendrier est ce qui frappe. Depuis 2019, le Liban est un pays que les investisseurs étrangers contournent. Le système bancaire est bloqué, la monnaie s'est effondrée, les capitaux sortent plus qu'ils n'entrent. Dans ce contexte, une opération de cette taille se lit comme un signal, et c'est manifestement ainsi qu'elle est présentée.
L'armateur marseillais CMA CGM a annoncé l'acquisition de la totalité du groupe Fattal, maison de distribution libanaise fondée à Beyrouth en 1897, rapporte LibanInfo.
Il faut toutefois se garder des lectures trop romanesques. Un armateur qui achète un distributeur achète d'abord une position dans une chaîne logistique. La Méditerranée orientale reste un carrefour, et le Liban demeure un point d'entrée vers un arrière-pays régional. La rationalité industrielle suffit à expliquer l'opération sans qu'il soit besoin d'invoquer la seule fidélité aux origines.
Reste que les deux dimensions se superposent, et c'est précisément ce qui rend l'affaire intéressante pour la communauté libanaise de France. Elle illustre une réalité peu commentée : une partie du capital français qui compte aujourd'hui a une histoire libanaise, et cette histoire n'a jamais tout à fait cessé de regarder vers Beyrouth.
Ce type d'opération vaut plus que bien des déclarations sur la relation franco-libanaise. Un investissement engage sur la durée, avec des salariés, des fournisseurs et des risques réels. C'est un vote de confiance qui se mesure autrement qu'en discours.
D’après LibanInfo.


