Luna, la tortue de mer qui revient depuis dix ans au même endroit
Au large de Beyrouth, dans les eaux proches de l'Université américaine, une tortue verte a noué avec un homme une relation d'une constance improbable.
L'histoire tient en une image : au large de Beyrouth, dans les eaux qui bordent l'Université américaine, une tortue verte revient depuis une décennie retrouver le même homme. Elle s'appelle Luna. Lebanon Traveler raconte cette relation d'une constance que rien n'obligeait à exister.
Les tortues vertes de Méditerranée sont une espèce menacée. Elles nichent sur un nombre restreint de plages du bassin oriental et parcourent ensuite des distances considérables. Qu'un individu revienne régulièrement au même point, et y reconnaisse une personne, sort de l'ordinaire au point que les biologistes hésitent en général à décrire ce genre de lien.
Ce qui rend l'histoire intéressante, ce n'est pas seulement l'animal. C'est le lieu. La côte de Beyrouth n'est pas un sanctuaire naturel. C'est un littoral urbain, densément construit, marqué par des décennies de bétonnage, de rejets et de pression sur le trait de côte. La présence durable d'une espèce protégée à quelques centaines de mètres du centre-ville dit quelque chose de la capacité de la Méditerranée à persister là où on ne l'attend plus.
L'histoire tient en une image : au large de Beyrouth, dans les eaux qui bordent l'Université américaine, une tortue verte revient depuis une décennie retrouver le même homme.
Elle dit aussi quelque chose de la relation des Libanais à leur mer. Le littoral est l'un des rares espaces communs qui restent, et l'un des plus disputés. Les plages publiques ont reculé devant les complexes privés, et l'accès à la mer est devenu, dans plusieurs villes, une question politique locale.
Luna est devenue une petite célébrité, et il faut résister à la tentation d'en faire une fable. Une tortue ne répare pas un littoral abîmé, et l'attachement d'un animal ne remplace pas une politique de protection. Les campagnes de préservation des sites de ponte, sur la côte sud notamment, font un travail moins photogénique et plus décisif.
Reste que ce genre d'histoire circule, et qu'elle circule bien au-delà du Liban. Pour beaucoup de Libanais de l'étranger, elle offre une image du pays qui ne passe ni par la crise ni par la reconstruction : simplement une mer, un animal, et quelqu'un qui revient.
D’après Lebanon Traveler.


