France et Liban : une relation qui vit encore beaucoup de sa mémoire
Culturelle, diplomatique, économique, elle plonge ses racines dans plus d'un siècle d'histoire commune. Elle cherche aujourd'hui autre chose qu'un prolongement de la nostalgie.
Peu de relations bilatérales sont aussi chargées d'histoire, et aussi souvent décrites au passé. LibanInfo pose la question sans détour : que reste-t-il concrètement du lien entre Paris et Beyrouth, au-delà de la mémoire partagée ?
Le socle est réel. Il est linguistique d'abord, avec un réseau d'établissements francophones dont le Liban constitue l'un des plus denses au monde. Il est culturel, par la circulation ininterrompue des écrivains, des cinéastes, des musiciens et des universitaires. Il est humain, par une communauté installée en France depuis plusieurs générations et par des familles qui ont des attaches des deux côtés.
Ce socle a longtemps suffi à entretenir l'idée d'une relation privilégiée. La difficulté commence lorsqu'on cherche ce qui l'alimente aujourd'hui. La francophonie libanaise recule mécaniquement devant l'anglais dans l'enseignement supérieur et le monde du travail. Les échanges économiques restent modestes au regard du discours. L'aide et la diplomatie, très visibles lors des crises, ne construisent pas à elles seules une relation ordinaire.
Le risque est celui d'une relation qui se raconte davantage qu'elle ne se pratique. Les commémorations, les hommages et les rappels historiques occupent une place que les projets communs ne remplissent pas toujours. Une relation qui vit de sa mémoire est une relation qui vieillit.
Peu de relations bilatérales sont aussi chargées d'histoire, et aussi souvent décrites au passé.
Il existe pourtant des points d'appui concrets. La diaspora en France constitue un capital humain considérable, encore peu mobilisé de manière structurée. Les universités des deux pays entretiennent des coopérations qui produisent des chercheurs et des réseaux. Des entreprises françaises aux racines libanaises investissent au Liban, ce qui crée des liens plus durables que des déclarations.
Réinventer la relation supposerait sans doute de cesser de la penser comme un héritage à préserver pour la traiter comme un partenariat à construire, avec ce que cela implique de réciprocité. Le Liban n'est pas seulement un pays que la France aide. C'est un pays qui a fourni à la France des écrivains, des entrepreneurs, des médecins et des ingénieurs.
C'est peut-être là que la communauté franco-libanaise a un rôle propre à jouer. Elle est la seule à être pleinement des deux côtés, et donc la mieux placée pour transformer une histoire commune en projets communs.
D’après LibanInfo.


