Combien de Libanais vivent en France ? La question que la loi interdit de trancher
Entre le plancher officiel de l'INSEE et les estimations de la diaspora, l'écart va du simple au sextuple. La raison tient à une règle française : on ne recense pas les habitants par origine.
C'est une question que tout membre de la communauté a posée un jour, et à laquelle personne ne peut répondre avec certitude. Combien sommes-nous en France ? LibanInfo s'y est attelé et aboutit à un constat inconfortable : entre le chiffre officiel et les estimations qui circulent dans la diaspora, l'écart va du simple au sextuple.
La cause est juridique avant d'être statistique. La loi française interdit de recenser la population par origine ethnique ou nationale. L'INSEE compte les personnes de nationalité étrangère et les immigrés au sens strict, c'est-à-dire nés étrangers à l'étranger. Un Français né à Lyon de parents libanais n'apparaît nulle part comme Libanais. Il est Français, et c'est tout ce que la statistique publique retient.
Cette règle a une histoire et une logique républicaine que l'on peut défendre. Elle produit néanmoins un angle mort considérable dès qu'il s'agit d'une communauté ancienne, largement naturalisée et souvent installée depuis deux ou trois générations. Le chiffre de l'INSEE ne mesure pas la communauté libanaise. Il mesure les arrivées récentes.
À l'autre extrémité, les estimations avancées par les associations et les représentations diplomatiques comptent large : les binationaux, les descendants, parfois toute personne se reconnaissant une ascendance libanaise. Ces chiffres ne sont pas fantaisistes, mais ils reposent sur des définitions différentes. Comparer les deux revient à comparer deux objets distincts.
C'est une question que tout membre de la communauté a posée un jour, et à laquelle personne ne peut répondre avec certitude.
Ce flou n'est pas qu'un problème d'exactitude. Il a des conséquences pratiques. Une communauté que l'on ne peut pas dénombrer est une communauté difficile à cibler pour une politique publique, un financement associatif ou une offre culturelle. Elle est aussi plus facile à ignorer, puisqu'elle n'apparaît dans aucun tableau.
Il a enfin un effet plus intime. Beaucoup de Franco-Libanais vivent une double appartenance parfaitement banale au quotidien et parfaitement invisible dans les registres. Savoir approximativement combien on est, c'est aussi une manière de se savoir exister collectivement.
La réponse honnête, celle que LibanInfo finit par donner, est qu'il n'y en a pas. On peut établir un plancher, avancer une fourchette, et reconnaître que le reste relève de l'estimation. C'est peu satisfaisant. C'est plus utile qu'un chiffre affirmé sans base.
D’après LibanInfo.


