Amin Maalouf, l'enfant de Beyrouth devenu gardien de la langue française
Prix Goncourt, académicien, et depuis 2023 secrétaire perpétuel de l'Académie française : sa trajectoire raconte à elle seule ce que le lien entre la France et le Liban a produit de plus durable.
Il existe des trajectoires qui expliquent une relation entre deux pays mieux que n'importe quel traité. Celle d'Amin Maalouf en fait partie. Né à Beyrouth, devenu prix Goncourt, élu à l'Académie française puis, depuis 2023, secrétaire perpétuel de cette institution, il occupe aujourd'hui l'une des plus hautes fonctions des lettres françaises, rappelle LibanInfo.
Le secrétaire perpétuel n'est pas un titre honorifique. C'est la voix de l'Académie, celui qui parle en son nom et veille sur son travail, à commencer par le dictionnaire. Confier cette charge à un écrivain né à Beyrouth n'était pas une évidence institutionnelle. C'est pourtant arrivé, sans que cela suscite de controverse particulière, ce qui en dit long.
Maalouf appartient à cette génération d'intellectuels libanais qui ont quitté le pays pendant la guerre civile et ont poursuivi ailleurs un travail commencé là-bas. Journaliste avant d'être romancier, il a construit une œuvre traversée par une même question : comment appartenir à plusieurs mondes sans être sommé d'en choisir un. Ses lecteurs libanais y ont reconnu leur propre condition. Ses lecteurs français y ont trouvé une manière de penser l'identité qui ne se réduit pas à un camp.
Il existe des trajectoires qui expliquent une relation entre deux pays mieux que n'importe quel traité.
Pour la communauté libanaise de France, cette trajectoire a une valeur particulière, et pas seulement symbolique. Elle établit un précédent. Elle montre qu'un parcours peut commencer à Beyrouth et aboutir au cœur d'une institution française sans que rien n'ait été renié en chemin. C'est exactement l'inverse du récit de l'assimilation comme effacement.
Il faut se méfier des figures uniques érigées en preuve. Un secrétaire perpétuel ne dit rien du sort de l'étudiant qui se bat pour un visa ou du commerçant qui recommence à zéro à Marseille. Une réussite exceptionnelle n'est pas une statistique, et il serait malhonnête de la présenter comme telle.
Elle reste néanmoins un repère. Dans une communauté dispersée qui se raconte souvent par ses départs, disposer d'une figure dont l'itinéraire est reconnu des deux côtés change la manière dont on se pense. La langue française, que Maalouf est aujourd'hui chargé de garder, il l'a apprise à Beyrouth. Ce détail contient l'essentiel de l'histoire.
D’après LibanInfo.


